MUNICIPALES. --Tensions, soulagement, calculs, comparaisons, analyses : retour
sur une soirée peu ordinaire
Tour de chauffe
| :Christine Lamaison |

Les habitués n'ont pas pris de manteau. Par expérience, ils savent que très vite dans cette salle de l'hôtel de ville la tension et la température grimpent de concert. Dimanche, 18
h 10 : le dépouillement démarre pour ce premier bureau du centre. Daniel Garrigue et son épouse font le tour des tables. Avec sa veste bleu lavande et son sac à dos, Bérénice Vincent, sans permanence fixe, est la seule présente parmi les autres têtes de liste. Pour l'heure, l'atmosphère est encore respirable.
« Liste Garrigue, liste Rousseau »? Au vu des tas de bulletins, les premières tendances se dessinent. Daniel Garrigue se lance dans la lecture des résultats de ce bureau où il devance largement le candidat socialiste : 42,89 % contre 33,07 %. Il s'empresse de tempérer les ardeurs de ses supporteurs. « Ce bureau ne traduit pas forcément le résultat. Il nous est toujours plutôt favorable. » Avec ses 8,27 %, Bérénice Vincent esquisse un sourire qui ne va cesser de s'élargir.
Coude à coude. On se presse au premier rang pour lire sur l'écran géant des résultats qui s'évanouissent trop vite. Daniel Garrigue prend une légère tête d'avance. Un homme se rend soudain compte qu'avec plus de 10 % Léon-Pierre Durin peut se maintenir, et sa joie retombe comme un soufflé. D'autant que Dominique Rousseau prend l'avantage pendant quelques minutes et reste longtemps à 39 % des suffrages contre 38 % pour le maire actuel.
À 20 h 30, la moitié des résultats des bureaux sont tombés. Dans le duel de tête, Daniel Garrigue reprend la main. « Nous sommes à peu près dans les mêmes étiages qu'en 2001 », commente-t-il, prudent, au micro. Bérénice Vincent regarde ses 5,65 % provisoires avec gourmandise.
20 h 45 : il ne manque qu'un bureau. Daniel Garrigue compte trois points d'avance. Le gong final n'a pas retenti. La candidate verte accorde sa première interview télé.
Le printemps de Bérénice. « Je suis super-heureuse. Je crois que dans l'équipe, c'est moi qui y croyais le moins. J'ai été portée par l'enthousiasme de mes colistiers. Et puis j'ai senti un courant de sympathie personnelle. Les gens me disaient : vous êtes comme nous. »
Après l'enthousiasme du pari tenu, la voilà interrogée sur la partie plus tactique et politicienne de l'entre deux tours. Fusion, pas fusion ? Elle parle de la nécessité d'intégrer plus d'écologie dans le projet de la gauche. Plus tard, elle déclarera de manière plus prosaïque qu'il faudra revenir sur la base des discussions de l'automne : au minimum trois élus.
« Se battre fort ». Des colistiers de Léon-Pierre Durin se sont glissés dans les premiers rangs. Daniel Garrigue égrène le résultat final. Il est 20 h 50 : 40,73 % pour lui, 37,73 % pour Dominique Rousseau. Dans ses premiers commentaires, le député-maire s'accroche à ses trois points d'avance, comme à une bouée. « Trois points d'avance, c'est toujours serré. En 2001, je n'avais qu'un point devant le total des voix Suchod-Doré. Il va falloir se battre fort, d'autant que la triangulaire ne fait aucun doute. » Il répète qu'il ne fera pas d'alliance avec Léon-Pierre Durin. N'a-t-il pas fait le plein des voix ? Il pense pouvoir récupérer des voix vertes ou des voix qui sont allées chez le divers droite Durin, comptant sur des électeurs « qui feront un choix de responsabilité après avoir voulu marquer un mouvement d'humeur au premier tour. »
Pas le temps. Léon-Pierre Durin, qui devait venir à la mairie, n'a finalement pas eu le temps. Dans sa permanence, l'atmosphère est glaciale. Les résultats (11,72 %) sont très en deçà des 20 % rêvés.
Le candidat divers droite lit une déclaration très écrite, à laquelle il n'ajoutera aucun commentaire. « Pendant que Daniel Garrigue se trompait d'adversaire, Dominique Rousseau prospérait sans même faire campagne et sans réel projet. Daniel Garrigue a fait par le rejet de notre électorat le jeu de la gauche. » En position de le faire, il se maintient donc et appelle son électorat à lui renouveler sa confiance.
À la maison des syndicats, ambiance casse-croûte entre copains. Bernard Albrigo se réjouit d'avoir fait triompher la voix des exclus. Quant à la suite? Deux hypothèses : consignes de vote ou pas. Ce qui ne l'empêchera de poursuivre jusqu'au bout sa plainte au pénal contre Dominique Rousseau.
Après la bise. Ce dernier arrive enfin à l'hôtel de ville. Il vient de quitter une permanence où la fin de soirée a été moins heureuse que le début, tant son entourage espérait le voir caracoler en tête. Forcément il se dit satisfait, salue les scores très honorables de Bérénice Vincent et de Bernard Albrigo. Constate que la candidate verte est en position de fusionner. « Alors on va fusionner », répète-t-il comme pour mieux s'en persuader (lire ci-contre). Objectif : faire passer la ville à gauche. 60 % des Bergeracois n'ont-ils pas indiqué qu'il ne voulaient plus de Daniel Garrigue à la mairie ? Voilà Bérénice Vincent. Les bises claquent. Mais la candidate verte stoppe l'effusion. Elle prévient : « Je ne me contenterai pas des bises. » L'entre deux tours a déjà commencé.
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